Santé Psy

Vivre en bonne santé !

Théories du soi

Les questions sur la conscience sont intimement liées à celle sur la nature du  » soi « . Dans l’histoire de la philosophie, la conscience a d’ailleurs toujours été analysée en terme de relation entre deux choses : des états mentaux transitoires (pensées, idées, sensations) et un  » soi « , c’est-à-dire un sujet unique qui, lui, demeure constant dans le temps.

Il nous semble en effet difficile d’admettre qu’il puisse exister des expériences subjectives sans expérimentateur pour les vivre. Et dans notre langage de tous les jours, quoi de plus normal que d’utiliser la première personne du singulier pour désigner nos actions ( » je marche « ,  » j’ai peur « ,  » je suis fatigué « , etc.). Ce  » je  » semble donc naturellement être le sujet de toutes les expériences que nous vivons. Mais à quel  » moi  » ce je fait-il référence au juste ?

Le  » moi  » de notre corps, dont nous sommes informés par nos systèmes de perception et dont on ne prend réellement conscience que lorsqu’il disparaît, comme lors d’une engelure ou d’une anesthésie locale ?

Le  » moi  » que nous renvoie notre expérience sociale ( » Je suis un garçon québécois et j’aime le soccer.  »  » Je suis une femme asiatique, journaliste et je chante dans une chorale « ) ?

Le  » moi « , peut-être plus affectif, que l’on se construit à travers nos relations interpersonnelles ( » Il était un grand homme, défenseur de toutes les causes justes, ambassadeur flamboyant des opprimés, orateur hors-pair, et un désastre pour sa famille… « ) ?

Ou encore le  » moi  » narratif, celui que l’on emploi tous les jours pour expliquer son propre comportement et celui des autres ? Celui-ci s’accorde plus ou moins consciemment avec un certain nombre de croyances et de présupposés sociaux. Ainsi, voyant un revendeur d’héroïne conclure une transaction avec un consommateur, un affairiste pensera qu’il s’agit là d’une manifestation de la loi du marché, un prêtre que cet homme est en train de pécher et un neurobiologiste qu’il s’agit d’un individu aux prises avec une forte dépendance aux opiacés… Pour chacun, l’histoire sera cohérente avec leur  » moi « , et ils auront l’impression d’en décrire l’essentiel.

Mais qu’en est-il des troubles dissociatifs de l’identité, où une même personne peut adopter à tour de rôle différentes personnalités ? Quel est leur véritable  » moi  » ? Et que dire des personnes anosognosique ayant eu leur cortex sensoriel droit lésé par une tumeur ou un accident cérébro-vasculaire et qui considèrent une partie de leur  » soi  » corporel comme leur étant tout à fait étranger ? Que dire, enfin, des traditions parfois très anciennes, comme le bouddhisme, qui affirment que cette impression d’être  » soi « , issue du gros bon sens, n’est en fait qu’une illusion et que le soi n’existe pas réellement ?

Tout n’est donc pas si simple, comme le montre le dernier exemple suivant qui est un peu le contraire des troubles dissociatifs de l’identité, à savoir des personnes dont le cerveau a été physiquement divisé en deux mais qui donnent à voir une personnalité apparemment unique.

Il s’agit des célèbres cas de  » split-brain  » (en anglais), ces patients épileptiques qui ont subi dans les années 1960 une opération consistant à sectionner complètement le corps calleux pour diminuer leurs crises. Sans le principal faisceau de fibres nerveuses reliant les deux hémisphères, ces personnes pouvaient curieusement vivre au quotidien sans pratiquement aucune séquelle de l’opération. Mais en condition expérimentale, d’étranges dissociations pouvaient être mises en évidence (voir la capsule ci-bas).

Cognition et Émotion : deux concepts distincts pour deux réalités distinctes

Pour plusieurs chercheurs, il est préférable de concevoir les émotions et la cognition comme deux fonctions mentales séparées mais en constante interaction. Plusieurs faits appuient cette distinction conceptuelle.

Tout d’abord, on sait que des lésions de certaines parties du cerveau peuvent empêcher l’appréciation émotive d’un stimulus sans que la capacité cognitive de percevoir l’objet soit affectée.

On sait aussi qu’il est possible pour notre cerveau de reconnaître qu’un stimulus est bon ou mauvais avant même que le système de perception ait fini de l’analyser.

Les mécanismes cérébraux à travers lesquels la mémoire émotionnelle associée à un stimulus est encodée, stockée et retrouvée diffèrent de ceux qui traitent la mémoire cognitive du même stimulus.

Les systèmes qui évaluent la teneur émotionnelle d’un stimulus sont liés d’une manière très directe à la réponse émotionnelle, alors que les systèmes cognitifs sont beaucoup plus flexibles quant à la réponse qui sort du système.

Par conséquent, la plupart de nos émotions impliquent automatiquement des modifications physiologiques dans notre corps desquelles découlent l’expérience consciente d’un sentiment. Les émotions semblent donc avoir davantage besoin du reste du corps pour leur expression immédiate.

Le fait qu’une émotion soit si difficile à verbaliser appuie aussi l’idée que les émotions ne sont pas que des pensées particulières au sujet d’une situation mais bien un ensemble de processus anciens ayant évolué pour répondre à des besoins précis de l’organisme, différents de ceux à l’origine de la cognition.

Prenons par exemple la peur. Comme la plupart des émotions, elle origine d’une réponse adaptative à une situation donnée. Dans ce cas-ci, c’est la présence d’un danger. Le système cérébral qui détecte ce danger génère l’émotion de départ de manière inconsciente. Le sentiment conscient d’éprouver une émotion n’est que la pointe de l’iceberg de tout ce qui s’est déjà passé à ce moment dans notre système nerveux.

D’ailleurs, le sentiment conscient d’être effrayé et le sentiment conscient de percevoir la couleur rouge dépendent d’un seul et unique processus menant à la représentation consciente. Ce sont plutôt les différents systèmes qui amènent l’input à la conscience qui vont les distinguer. En d’autres termes, il semble n’y avoir qu’un seul mécanisme de la conscience qui peut être occupé tantôt par un fait quelconque ou tantôt par une émotion intense.

On peut donc dire que les émotions et les pensées impliquent tous les deux des processus sous-symboliques inconscients qui peuvent tous deux accéder à la conscience. Les systèmes sous-symboliques qui génèrent les émotions et les pensées ne sont cependant pas les mêmes. En l’occurrence, les systèmes derrière les sentiments impliquent beaucoup plus de régions cérébrales en plus des systèmes nerveux périphériques et du système hormonal.

Par conséquent, les émotions qui sous-tendent nos sentiments conscients créent une multitude de phénomènes tous orientés vers un même but : se mobiliser pour faire face à quelque chose d’important, souvent relié à notre survie. Les pensées, à moins qu’elles ne déclenchent quelque chose dans notre système émotionnel, ne produisent généralement pas un tel remue-ménage interne…

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